« hoka » : la pop-rock méditative de nahko and medicine for the people

Nahko and Medicine For The People est un pur phénomène qui n’a pas encore traversé l’Atlantique malgré six années de carrière. Ils sortaient ce vendredi 10 juin leur troisième album, « Hoka », qui acte leur entrée sur le marché de la musique mainstream, ce qui cette fois ne sera pas pour déplaire. Ce groupe américain – formé de quatre musiciens portés par la voix de Nahko Bear – révolutionne la pop music en y introduisant des valeurs philosophiques ainsi qu’un nombre incalculable d’influences. J’ai découvert les deux premiers albums du groupe il y a peu, j’ai adoré – et le troisième réussit pourtant à les surpasser.

Tout commence par cette voix. C’est elle qui m’a d’abord saisi dès la première écoute d’Aloha Ke Akua, une ballade piano-voix méditative de dix minutes. On y dénote quelques effluves ben-harperiennes et un accent d’américain rural. Mais la force de Nahko Bear réside dans la sincérité des émotions qu’il communique et son incroyable rythmique. Le mieux est peut-être d’écouter.

« These are my people, these are my children, this is the land that i would fight for. My solidarity is tellin’ me to patiently, be movin’ the musical medicine around the planet in a hurry. Cause there’s no time to wait. Gotta wake up the people, time to stand up and say :

We know what we are for. And how we became so informed. Bodies of info perfoming such miracles. I am a miracle made up of particles. And in this existence. I’ll stay persistent. And I’ll make a difference. And i will have lived it. »

 

Mais ce sont surtout les mots qu’il souffle qui font la grandeur de sa musique. Comme le nom du groupe l’indique, Nahko produit une musique destinée à soigner le peuple. Et le pari est réussi. Ses deux premiers albums, « On the Verge « et « Dark As Night », dominés par l’acoustique sont de véritables thérapies actives. Plus organique, la musique acoustique correspond parfaitement au message porté par le groupe, un appel à la prise de conscience générale. Il n’est d’ailleurs pas étrange d’utiliser le terme ‘prophétique’ pour définir les productions de Nahko and Medicine For the People

Les textes écrits par Nahko, qui est un américain de descendance Apache, traitent de toutes sortes de sujets et les aborde avec une justesse et profondeur tout en restant très accessibles. L’amour, la solidarité, l’unité, la paix… Tous ces thèmes ont été abordés dans les deux premiers albums de Nahko qui l’ont hissé lui et son groupe à la tête de tout un mouvement culturel néo-hippie dans lequel on croise aussi Xavier Rudd, Leah Song ou Zella Day – qui sont tous trois présents sur « Hoka ». Ce n’est pas pour rien que Huffington Post s’autorise déjà à comparer Nahko Bear à un Bob Marley moderne.

« And let’s just face it, the world’s fuckin’ racist
Even the most peaceful of us gets caught in the trend
To live cohesively is almost a fantasy
And we ought to know it starts with humbling our egos
What is the medicine for cultural woundin’?
Has it’s moments, has it’s melodies, has it’s time »

 

Je m’égare. Vendredi dernier, le groupe a sorti son troisième opus, « Hoka ». Je l’ai écouté, et je me suis décidé à vous le présenter. Faut dire que c’est de la bombe ! Commençons par le titre, qui explique beaucoup de l’intérêt de ce disque. « Hoka » est un terme amérindien qui appelle à l’acte. Nahko l’explique ainsi : « J’appelle à une action autour des mots et des paroles que je chante. Il ne s’agit pas seulement de discuter, mais d’agir« . Nahko définit cet album comme « la bande-son du mouvement pour un monde meilleur ». Un appel au changement qu’il chante sur le seizième track – d’un album qui en compte dix-neuf –, Make A Change qui assurait justement la promotion du disque.

« Another brother got shot dead on the sidewalk
While the cops doing inside jobs and I’m shocked
So my hands are stretched out to the sky
Got some poems in my left and a gun in my right
And my eyes’ll cry over bulletproof pride
Cause i know I didn’t come to make it out alive »

 

Et si vous avez suivi : non, vous ne rêvez pas le son N’A PLUS RIEN À VOIR ! Alors, il faut dire qu’au début j’étais pas vraiment d’accord avec ce choix artistique. Mais finalement, quoi de mieux pour appeler au soulèvement que d’ajouter une bonne batterie, une basse insolente et de remplacer l’acoustique par l’électrique ? En effet, « Hoka » dit ‘au revoir’ à la traditionnelle guitare acoustique et à l’énergie néo-hippie des premiers opus pour plus de puissance.

« Hoka » marque un tournant à la fois plus rock et plus pop dans la musique de Nahko. Et je les vois déjà, les puristes de l’underground pointer un choix commercial. À ceux là je répondrais qu’une telle musique, et qu’une si belle parole méritent d’être écoutées par le plus grand nombre. C’est d’ailleurs pour ça que je vous en parle, vous suivez ?

Par ailleurs, ces arrangements plus énergiques, en plus d’être en accord avec le titre et l’objet de l’album, permettent de ne pas finir gavé de la voix de Nahko qui n’est plus le seul appui musical. Les mélodies de piano, les riffs de guitares et les lignes de basses apportent une nouvelle dimension et ouvrent une infinité de possibilités pour le groupe.

 

Dans un temps où les albums se rallongent, N&MFTP ne déroge pas à la règle. Mais sur les dix-neufs titres que compte le disque, on s’ennuie finalement très peu. En quittant l’acoustique, Nahko en profite pour explorer un maximum d’influences. Il revisite le rock dans It Is Written et San Quentin ; réinvente littéralement le hip-hop et le riddim dans We Shall Overcome ou Make A Change ; retrouve ses traditionnelles ballades neo-world-folk (bien sûr que non, ce terme n’existe pas) sur Direction, All Can Be Done et Love Letters God ; et le reggae sur Great Spirit

Le défaut s’il faut en pointer un, c’est le risque d’ImagineDragonisation sur certains titres qui font appel à des fanfares, des choeurs clairement relous et des refrains un peu … Bref voilà, si vous êtes du genre difficile et pressé, passez sur We Are On Time, Backbone et Runner qui sont les tracks en trop sur « Hoka ».

Mais finissons par le meilleur. D’abord, le deuxième morceau It Is Written, qui m’a poussé à en apprendre plus sur Nahko. Ce vers en particulier a attisé ma curiosité : « So I went to see my sister / Past, present, future / Help me remember / How to surrender ». L’histoire de Nahko n’est pas rose, ce qui a peut-être nourrit sa sagesse et son génie créatif. Né d’une mère de quatorze ans, victime d’un réseau de trafic d’êtres humains, il est très vite adopté et n’apprend la vérité sur sa famille qu’à l’âge de vingt ans. It Is Written raconte la parcours spirituel qu’il a du accomplir pour pardonner et se tourner vers l’avant.

« It is written ; Gathering the nations ; Prepare my relations
For spiritual battle, battle ; I have my doubts
But there’s no time for that now ; Gotta recharge my channel
For medicate, resist, meditate
Keep righteous walking ; Steady loading locking ; There ain’t no stopping
This bullet, load it, pull it ; Bullet, load it, pull it
Fully loaded poet »

 

Ce processus l’a mené à rencontrer une « femme douée de clairvoyance », qui pose des choeurs sur l’intro du disque (Hoka). Cette femme serait venue le trouver pour lui passer un message : « J’ai parlé à ton père, il te présente ses sincères excuses pour ce qu’il a fait. J’ai également parlé à ta grand-mère et elle rassemble les nations pour toi. C’est écrit. Ne force pas ta destinée. »

Mais le titre qui obtient toutes mes faveurs, celui que j’imagine écouter encore pendant un  bon moment : Build A Bridge. Après une intro tranquille introduisant un thème latino, Nahko refait une belle performance rythmique avant de laisser une mélodie de guitare électrique s’étendre sur un rythme de salsa chaude. Une fusion comme on les adore chez Intrüzion ! Du rock, du rap, de la musique latine old-school, de la chaleur, de la joie, de l’amour ! Merde, ce morceau est un chef d’oeuvre et ça ne s’explique pas plus que ça.

« Don’t believe all you’re told
And open
Open up your fist
A misconception, you can fight like this
In praise. With the power of prayer
If God’s on our side we can take the stairs
To the heavens »

En trois albums, Nahko Bear a confirmé son désir d’incarner un mouvement d’éveil mondial, qui ne se fera pas sans représentants charismatiques. En appelant à la prise de conscience, à la révolte et à l’ouverture au monde dans un emballage pop-music, Nahko and Medicine For The People rappelle les belles années du folk et des hippies aux textes aussi sensibles qu’engagés. Peut-on parler de pop méditative pour décrire la musique de Nahko and MFP ? Je le pense. En bref, je conseille ce groupe à absolument tout le monde et je m’arrête là parce que j’ai déjà trop parlé.

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